Recommander

Poeme pour Fleur

Sorti de son paradis perdu, Adam sans

 

Eve s’aventure et use de son charme,

 

cherche son amour qui l’aime à cent pour cent.

 

Nature donne vie à des jolies fleurs au sang

 

chaud, qui dès l’aurore transforment les drames

 

en jouissance de vie et tuent le néant.

 

Rencontre fortuite ou destin fonctionnant,

 

Adam pense avoir enfin trouvé la dame

 

qui fera rimer son cœur pour la vie restante.

 

album souvenir

Manuscrit roman : fille qui pleure

Samedi 2 septembre 2006

 

Fleurs de lys : aristocratiques, fleurs des champs : sauvages et bucoliques, fleurs en bouquet : maîtrisées et ordonnées. Mon prénom est Fleur.

 

Je suis une jeune aristocrate de 25 ans.

 

Qu'est-ce qu'être une aristocrate au début de ce nouveau siècle ? C'est avoir un nom qualifié simultanément de « propre » et d'un « lieu dit ». C'est être attaché à sa terre, à son village, même sans les châteaux et les privilèges. Seules nos chevalières nous différencient et permettent de nous reconnaître : noblesse d'épée, noblesse de robe, noblesse d'Empire? Nos repères ne sont plus en phase avec notre temps, et nous perdent. C'est donc peu surprenant que je fasse partie de ces filles paumées qui ont la particularité de vivre en complet décalage avec la vie. Les dérèglements de notre système horloger se manifestent principalement des façons suivantes : vouloir vivre avec ses envies suicidaires, confondre l'imaginaire et le réel, et surtout, jeter ce que l'on chérit le plus. C'est bien ce dernier dualisme qui m'a été fatal. Il est entièrement responsable de ma rupture avec Guy. C'était il y a trois ans.

 

Elle s'était faite avec l'art comme le maîtrise parfaitement un scénariste d'une série américaine de seconde zone. Ici, j'ai joué mon rôle sans avoir lu ni script, ni story-board. Mon jeu était-il convaincant ? Qui sait ?

 

Un samedi soir d'été, lune de miel, nos voitures sont garées près des falaises des calanques de Marseille : cadre idyllique pour le « love ». Au loin, les petites lucioles que forment les lumières de la ville sont autant de manifestations de bonheur. Trop beau pour être honnête, j'appréhende le pire. Comme un amour révolu, ces petites lumières sont également des petits cierges que les pèlerins en larmes allument lors des processions. La beauté du lieu est telle que mon initiation à l'hypothétique rupture semble être embellie. Mon regard est fixé vers l'infini. Tout droit, j'imagine voir, par-delà Marseille, par-delà de cette mer si sombre, la ville d'Alger, la terre de mes racines maternelles : la Kabylie.

 

Le regard de Guy, quant à lui, est vide.

 

Il commence les hostilités par des phrases qui sont semblables aux missiles d'une armée qui par temps de guerre sèment le chaos. Sens dessus dessous, les deux obus que sont « je ne t'aime plus » et « je ne pourrais plus t'aimer » achèvent son offensive. Moi, de mon côté, par réflexe d'auto protection, je réplique par des « je t'aime » et « je ne peux pas vivre sans toi ». Dans cette bataille d'amour et de haine, il me semble alors que l'avantage me revient avec ma plus belle déclaration d'amour. À vous d'en juger :

 

« Guy, je recherchais depuis toujours l'homme parfait et j'avoue que, même quand j'étais avec toi, cette idée ne m'a jamais quittée. Mais j'ai réfléchi, et j'ai décidé d'arrêter de chercher cet idéal et de garder toute mon énergie pour toi, de vivre auprès de toi, pour la vie, pour toujours. C'est certain, je suis faite pour toi. Laisse-moi une autre chance. »

 

Bérézina, Guy me quitta :

 

- Dégage de ma vie. Tu ne m'attires plus?

 

- Mais, l'été dernier, tu m'avais promis que l'on resterait ensemble toute notre vie !!

 

- Ouais ! Je le pensais à l'époque, mais plus maintenant, tu me dégoûtes?

 

Stoïque. Ces mots m'ont atteint. Je t'aime ? Moi, oui. Tu m'aimes ? Toi, non. Vaine supplication.

 

- Reste avec moi. Je ne suis plus rien sans toi? Je t'en supplie. Je t'aime.

 

- Ciao.

 

Cinq minutes passent? Guy est reparti de ce parking désert avec sa voiture grise « métal-tunée ». Ses décibels me manquent déjà. Le silence peut tuer. Il est le sang de ma chair et, dès à présent, je me sents amputée. Comme une blessée, je remonte dans ma vieille voiture, la démarre avec difficulté. J'allume la radio, « running ».

 

La belle route qui conduit de la plage à la petite propriété au milieu des pins est devenue un chemin de croix : longue et inouïe. Éternellement, les images qui défilent devant moi vont me marquer. À vie, ce moment restera biblique. Même s'il m'a quittée, sa présence est continuelle. L'air que je respire, les avenues de la ville me le rappellent fatalement. Tout m'évoque l'autre, l'être qui m?est si cher. Mon coeur est à vif. Ses « tic-tac-toc » font écho avec les clignotements des feux de signalisation de la ville. Ces battements donnent un semblant de vie à la ville, et à mon existence. Malgré la séparation, ils continuent à être étalonnés sur un rythme égal au sien. Sans retenue, mes larmes coulent à flots. Chaque seconde écoulée est un supplice. Ma tête est ébranlée par une succession de rafales de pensées négatives qui me perturbent. Mon corps, lui, atteint le seuil de l?intolérable.

 

Le seuil, celui de la maison de mes parents que je viens de franchir me plonge dans un noir lunaire. On se perd dans les dédales de cette bastide. Les différentes pièces de la demeure sont sans vie, aucune solution n'est trouvable. Le couloir de la chambre de mes parents s'allume, ma mère est prête à m'écouter ! Aucune complainte, aucune parole ne lui sera adressée. J'effleure les marches de ce vieil escalier en bois qui mènent à mon étage. Je passe devant la vitrine des vieilles poupées : Jumeau, Bru? Ces jolies blondes fragiles me regardent avec leurs yeux fixes et semblent être prédisposées à m'entendre. En même temps, leur sourire trahit leur mauvaise intention, celle de m'abandonner à mes songes.

 

Pour mon bien-être, je laisse échapper mes larmes, ce qui permet à mon corps de se relâcher. Allongée par terre, j'observe les imperfections du plafond. J'imagine être ailleurs, mais pas trop loin d'ici? Inapte pour réagir, comme une droguée, je reste béate. Cette béatitude proche de l'état « stone » s'est volatilisée dès que j'ai franchi la porte moulurée de ma chambre de jeune fille. D'un coups, aussi imprévisible qu'une maladie, une dépression réelle s'est emparée de moi. Des milliers de séquences de ma vie heureuse avec Guy traversent mon esprit. Cette chambre qui a été témoin de notre premier baiser, notre première nuit ensemble est devenue un lieu de recueillement que j'aimerais voir disparaître, par feu, par saccage. Je ne peux inévitablement continuer à vivre sans penser à l'être que j'ai tant aimé quand tout me ramène perpétuellement à Guy, à cette troisième personne du singulier. Ma mémoire n'arrive plus à sélectionner ce qui n?est pas en rapport avec lui. La triste vérité est là : mon ange est parti.

 

Nue, je me dirige vers ma salle de bain, mon âme est encore squattée par les moments de bonheur révolus avec lui. Mon image, celle qu'il aurait également pu voir dans le grand miroir vénitien est quelconque. Mon visage et mon corps sont comme deux feuilles vierges sans intérêt où aucun vers passionnel ne rimerait. Décidée, je prépare tout le nécessaire pour effectuer le voyage qui m'était jusqu'alors interdit. Je plonge dans un bain très chaud et prends un cocktail de médicaments qui par ses tons si impressionnistes de vert, de rose et de violet, doit me procurer un apaisement réel. Rouge net, je m'endors doucement. Mon esprit se vide de toutes informations. Yeux clos, eau bleue.

 

 

Par Thao-sy
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 17 septembre 2006

Levée de rideau, acte premier, passage à vide prolongé, je m’envole avec des inspirations d’hélium… clinique Monticelli, salle blanche et stérile, allongée et nue, je suis devenue un animal primaire que tout le corps médical dissèque avec bonheur. Aucune sensation dans mes membres, une aiguille d’une longueur imposante traverse ma chair. Ce mouvement de va-et-vient ressemble à un acte de barbarie. Mon corps se vide de son sang et d’un liquide blanchâtre. Le récipient que j’embellis tant bien que mal en imaginant qu’il est fait par Lalique, se remplit petit à petit de mon mélange répugnant. Mon imagination débordante rend le réel flou et le passé près de nous.

 

 

 

Acte deux, une lame tranchante avec une envie appliquée d’ôter mon cœur incise délicatement ma peau sous mes seins. Des doigts sont en moi. Entre la vie et la mort, je sens un nouvel être m’envahir. Acte final, comme un puzzle, mon visage se recompose. Mes traits faciaux : ma bouche pulpeuse, mes yeux redessinés et mon nez sont en parfaite symétrie. Ma face poudrée et mes cheveux chimiquement blonds mettent en valeur tout cet ensemble.

 

 

 

Comme un zombie, une demi-morte, je confie mon corps à des experts. Alimentation stricte à base de protéines et pressions sur les machines de tortures, mes courbes se transforment. Alchimie totale, mon corps renaît et devient une arme. Ma beauté a l’avantage de me rendre lumineuse, attirante et agressive. Je projette d’être reconnue universellement, de dominer le monde comme un dictateur. Je veux devenir une de ces « cover girls » de Marie-Claire ou de Glamour qui attirent tous les mâles. Je rêve d’être une fleur qui dès l’aurore est courtisée par les insectes. Je rêve d’être une de ces fleurs qu’on collectionne pour sa beauté éphémère. « Les vies rêvées de Fleur », je souhaite évoluer dans un monde où mes vies désirées auront droit de cité…

 

 

 

But atteint, à Marseille, le boulevard Michelet, la deuxième avenue du Prado, la Corniche et le Vieux Port, au volant de mon Audi coupé blanche nacrée, je vois mon image lascive sur papier glacé pour le lancement d’un nouveau parfum d’une maison de haute couture dupliquée à l’infini à la manière des Andy Warhol. Vous l’avez sûrement vue cette publicité.

  

J’observe cette fille, si idéale, si hautaine qui dévisage les passants. Ces derniers s’approprient mon image pour alimenter leur quotidien maussade. Je me projette dans leurs vies. Je me glisse dans le lit conjugal d’un couple ayant vécu vingt ans ensemble. Je m’immisce au plus profond des fantasmes du sexe fort… Volets mi-clos, à l’abri des regards de la rue, lors de leurs ébats hebdomadaires, l’homme par habitude se déshabille. Tous ces samedis soirs, le mâle, nu et allongé sur sa chère épouse, mère de ses deux enfants, ferme ses yeux comme pour éviter de regarder cette créature difforme qu’est devenue sa femme. Il pense à mon visage et à mes courbes que les photos véhiculent. Interaction, en ouvrant ses yeux, l’homme me voit. À la manière d’une bête, il me malmène et se surpasse. Communion parfaite. Sa pauvre femme, quant à elle croit à l’amour éternel de son homme, à sa fidélité… Comme Aphrodite, j’aide les hommes à satisfaire leurs femmes aux besoins les plus élémentaires : le plaisir et la procréation.

 

 

 

Ma beauté est unanime pour toutes les générations, toutes les catégories socioprofessionnelles et dans tous les pays.

 

 

 

Je me dis avec fierté : « J’avais à ma naissance la beauté intérieure. Mes parents ont su la cultiver avec patience durant mon enfance, elle est désormais complétée par la perfection de ma plastique que j’ai su créer. Comme une chrysalide, je me suis extériorisée… ». L’art est partout et je suis devenue l’icône propice aux fantasmes : mon visage a les traits délicats d’une sanguine de Vigée-Lebrun et ma silhouette est celle d’un fac-similé d’une sculpture de Pigalle. Chaque centimètre carré de mon être ne peut qu’être glorifié et vendu pour le plaisir qu’il procure. Au printemps de ma vie, je suis devenue une femme objet.
Par TST
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 19 septembre 2006

Hiver, la fin d’un cycle. Le 16 janvier 2005, 13 h 41, à Paris, j’arrive par l’IDTGV 7906 en provenance de Marseille Saint-Charles.

 L’indifférence du tourbillonnement des gares me rassure. La foule ne remarque guère les séquelles que j’amène avec moi. Lourde, comme la valise que je traîne péniblement derrière moi, mon passé est un fardeau que j’essaye d’oublier. Mon corps chancelle, va vers l’avant et vers l’arrière. J’en perds l’équilibre. Aidez-moi ! André, le chauffeur de l’agence s’approche de moi et me tend son bras. Il a le charme d’un homme de cinquante ans bien tassés. Défendues, les filles de l’agence de mannequins l’aiment, d’une façon presque incestueuse. Dès que j’entre dans la Vel Satis couleur champagne, je demande à André :

 - On a une heure devant nous, peut-on faire notre petit tour dans le 15ème. J’ai besoin de me ressourcer.

 

 

- Mademoiselle, on fait comme d’habitude.

 

 

André m’amène vers cet arrondissement avec un sourire complice. Cette virée est devenue une communion nécessaire à chacune de mes arrivées à Paris, qu’il fasse soleil, qu’il pleuve ou encore que les rues soient bloquées suite à un mouvement de grève des chauffeurs de poids lourds.

 

 

Nous nous aventurons méthodiquement dans les artères du 15ème arrondissement de la capitale : avenue Émile Zola, rue Saint-Charles, rue Balard, place Alphonse Humbert, rue de la Convention, square Saint-Lambert. Le charme de Paris le dimanche après-midi est unique. Il s’y dégage un parfum de vie mystique, de fin de monde.

 

 

« Waiting for an angel ». J’examine les passants qui serpentent sur les trottoirs, j’analyse leur démarche et scrute leur visage. Je regarde attentivement celui d’un SDF, celui d’un étudiant ou encore celui d’un touriste. La valse de ces têtes inconnues m’amuse énormément et prend un tour nouveau : je suis à la recherche de mon ange, de ma moitié… Détour par l’église Saint Antoine de Padoue. Celui après qui je cours est peut-être près de la maison de Dieu ? Stupeur prémonitoire ! Je suis dans de beaux draps. Noir, la couleur des tissus d’un cortège devant l’édifice m’amène à me questionner, à me torturer. Si mon ange était mort ? Et s’il était passé dans ma vie sans que je lui aie donné une chance ? Ne le connaîtriez-vous pas ? Non, comme vous, je n’en sais rien ; car en définitive, comment peut-on réellement reconnaître le visage d’un ange quand on n’a jamais eu la chance d’aller au-delà du tunnel, au bout de son chemin. Sans amour fixe, je recherche au plus profond de moi les souvenirs de son physique. L’évidence me vient à l’esprit et m’apaise, je le reconnaîtrai…

 

 

Cette errance m’a fait un bien énorme, cela ressemble beaucoup à une promenade de reconnaissance. Non, plus exactement, à une de ces ballades que je faisais quand j’étais enfant, dans le sud, le dimanche après-midi au parc Borély : plaisante, surprenante mais néanmoins inutile.

 

 

La Vel Satis me conduit vers les Champs-Élysées où se situe l’agence 2L. Je dois faire un dernier checking avec ma bookeuse, Eva, sur mon agenda de la semaine prochaine.

Par Thao-sy
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 4 octobre 2006

Volutes de fer. L’agence 2L est une sorte de serre victorienne où l’on cultive de jolies plantes, des jolies brindilles. C’est une agence de mannequins comme il y a tant d’autres à Paris, à Milan, à Manhattan. Les locaux se trouvent dans un immeuble Haussmannien. La construction massive avec ses pierres de taille me réconforte autant que l’épaule solide d’un homme. Je m’y sens protégée et aimée. Cet immeuble impressionnant se trouve presque en face de l’ancien hôtel particulier de la courtisane, la célèbre espionne, la marquise de Païva. La comparaison est peut-être facile, mais vendre ses charmes à un prix excessif au dix-neuvième siècle est semblable à notre métier. Notre corps est tarifé. Un Top model ne serait qu’une courtisane actualisée avec une « néo-sexualité ».

 

 

Nous avons également notre lot d’intrigues, de scandales.

 

 

Formule magique pour faire mon job : rêve, régime et lumière !

 

 

En effet, le patronyme des filles doit favoriser l’évasion. Même si l’on a tous les atouts physiques pour devenir une fille demandée, les prénoms Gertrude, Yvette ou encore Claudine sont à bannir. Un top model doit s’appeler Claudia, Stella ou Fleur. Les parents doivent donc choisir le prénom de leurs progénitures avec rigueur. Sur le physique, la mode dicte sa période de brunes pulpeuses ou de blondes fatales. Intemporelle, l’extrême minceur, qui bizarrement pourrait s’apparenter à un signe de mauvaise alimentation, donc de maladie et de danger, apparaît dans le monde de la mode comme le summum de la beauté féminine. Morbide. Visuellement, le mur tapissé de photos des composites évoque à s’y méprendre celui d’un cimetière surpeuplé de Hong Kong ! D’ailleurs, par leur brièveté, les renseignements des fiches ressemblent à des inscriptions sur les pierres tombales : prénom, nom, âge et mensurations… Enfin, une fille doit être photogénique, capter la lumière et la renvoyer. Science complexe où personne n’a encore compris le mécanisme. Tu l’as ou tu ne l’as pas.

 

 

Quant à moi, je suis hors mode, c’est d’ailleurs ce qui caractérise mon physique. Je suis de taille moyenne. En tout cas, malgré les talons vertigineux de mes chaussures, je ressemble à une naine quand je suis à côté des autres filles de l’agence. Du joujou qu’on manipule, on est relégué aux réserves dès vingt-cinq ans. La concurrence est rude, les filles de quatorze à quinze ans, près pubères, pointent leur nez. Que faire face à ça ? Je ne veux pas finir comme ces filles qui se momifient le visage par des injections de Botox et de fils d’or. Tout ça pour terminer bonne à vendre les mérites d’une crème anti-rides ou à poser pour des photos minables d’un catalogue de vente par correspondance. Là, je ne parle évidemment pas des photos de Dominique Isserman pour la Redoute, qui sont superbes.

 

 

Je pense concrètement à une reconversion plus honorable. Comédienne, je ne serai pas comme Charlize Theron. J’ai d’autres pistes en vue : je vais commencer une nouvelle carrière dans la poésie. J’ambitionne d’écrire un recueil imprégné d’amour, mais dans un style très éloigné des bluettes qu’on m’imagine capable d’écrire. Je parlerai de rupture, d’amour infidèle, de bonheur non partagé. J’ai la certitude que ce sera un succès, que toutes les femmes pleureront en lisant mon bouquin. Évidemment, ma future oeuvre et mes vers vont paraître bien mineurs pour toute personne qui viendra de lire le livre Toi et Moi de Paul Géraldy. En gardant le bon rythme, je souhaiterai devenir un troubadour moderne en chantant mes vers, comme le fait si bien Carla Bruni. Qu’importe si j’ai une petite voix, le plus important est que j’arrive à faire passer mes émotions à travers la musique. Cette reconversion reste encore confidentielle. Quelles réactions vont avoir mes proches ?

 

 

J’arrive à peine à l’agence qu’Eva, ma bookeuse m’assaille de phrases, de mots :

 

 

« Mon amour, dès ce soir, à une heure du matin, Fleur, tu dois faire un édito pour Elle. Lieu de rendez-vous, le pont des Arts près du Louvre. C’est trop top dingue… Lundi, c’est formidable, tu dois faire une série mode avec Mondino. Mardi à 9 h 30, casting pour Chanel et 11 heures …. Mais, pour aujourd’hui, on a juste le temps d’aller dîner. Le restaurant XXS t’invite. Il y aura Adam, le mannequin qui doit faire les photos de ce soir avec toi. »

 

 

Sans répondre, j’observe avec admiration Eva, et me dis :

 

 

Eva pourrait être la définition exacte de la femme idéale aux yeux des hommes : belle, intelligente, drôle et surtout docile. Mais, le seul petit hic c’est qu’elle est née garçon et qu’elle est devenue femme à sa majorité. Les messieurs sont souvent séduits par sa beauté mais dès qu’ils apprennent ce changement, qui en somme pourrait paraître minime, ils prennent la fuite. Résignée, « ille » a décidé de rester célibataire toute sa vie et donner son trop plein d’amour à ses amis. C’est tant mieux pour moi, car je fais partie de ses proches. Femme caméléon, j’ai besoin de son énergie pour faire mon travail, pour survivre.

 

 

Elle, de son côté, doit s’imaginer qu’en me fréquentant, elle se féminise, que cela s’attrape comme une mauvaise grippe. Les hormones lui jouent des tours.

 

 

À force de vouloir que son côté mâle disparaisse de sa vie, elle voit tout sa être en sens dessus dessous.

 

 

Elle rêve, elle parle de son sexe, de son clitoris. Elle ne veut pas admettre qu’elle ne sera jamais complètement femme. Au mieux elle n’aura qu’un sexe masculin mutilé. Femme que d’apparence, elle n’enfantera jamais. Pas besoin de violer toute cette intimité pour le comprendre. Malgré les épilations à la cire, au laser, sa bise matinale me pique le visage, un ou deux poils rebelles sans aucun doute demandent du secours en marquant ce visage si soigneusement maquillé.

Son seul but est de se défoncer au travail pour un salaire misérable de 1500 euros. Vieille, elle n’entendra pas : « regarde cette mémé qui donne à manger aux pigeons. Comme elle est mignonne ». Elle devinera les passants disant, à propos d’elle, avec un air moqueur : « pauvre vieux, il a perdu la tête. Il est sorti de chez lui en mettant des vêtements de sa femme qui est certainement morte. Appelez la police. Faites quelque chose ».

 

 

Je me sers d’elle, elle anime un peu mon existence de la semaine, entre deux rendez-vous. Eva m’organise des soirées, des sorties. Je lui demande :

 

 

- Qui d’autre y sera ?

 

 

- Ton meilleur ami Howard, votre amie Victoire, Christophe et peut-être sa femme Noëlle.

 

 

- En clair, il y aura tous mes amis de Paris !!

 

 

- Oui, c’est bien ça…

 

 

- C’est une fête surprise ?

- Non, plus maintenant.

Par Thao-sy
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 11 novembre 2006

Adorable en total look Dior, j’arrive au XXS. C’est un restaurant avant-gardiste. On a eu la cuisine traditionnelle qui se caractérise par le volume extraordinaire de calories. Ensuite, la nouvelle cuisine a été inventée, elle allie le raffinement et la légèreté (grande assiette et peu de nourriture). Au XXS, on sert la new nouvelle cuisine, le « fooding ». Ici, le chef cuisinier a créé une façon inédite de manger, non, plutôt de grignotage car la spécialité de ce restaurant est de servir des mets dans des portions microcosmiques. C’est une cuisine très rare, où les ingrédients utilisés sont quasi introuvables. Ici, on y mange par exemple des terrines végétariennes à base d’algue du Japon et de chou du mont Himalaya décorées avec des feuilles d’or… Mais, ce qui est unique dans cette cuisine se trouve surtout dans la salle.

 

 

Pour que ce type d’endroit existe et fonctionne, on doit y trouver un panaché de people : des stars confirmées ou déchues, des belles filles, des hommes puissants et à l’écart de simples gens qui recherchent à s’approcher de la lumière. UV excessifs, sans protection, ces curieux sont attirés par l’éclat que projettent les célébrités. Il est d’ailleurs pathétique de voir l’admiration que ces personnes portent à ces stars. Elles peuvent économiser six mois durant à coups de spaghettis beurre pour se payer un repas ici. Et si seulement elles savaient que ce lieu chic sert de restaurant du cœur[1] pour les anciennes vedettes. Ces dernières sont nourries gratis. Vous n’avez qu’à observer les vêtements de ces « stars » pour comprendre la déchéance de ces individus perdus. Prenez par exemple le tailleur de cette ancienne speakerine que les filles issues de la téléréalité ont mise en préretraite, tout est rapiécé et mité. Elle arrive droit vers moi et pas moyen de m’y échapper :

 

 

- Comment allez-vous Danielle ?

 

 

- Merveilleusement. Et vous Fleur. J’ai un projet d’émission dont j’aimerai que ce soit vous qui la présentiez. Ça parle de la mode…

 

 

- Je vous laisse, on se rappelle.

 

 

Je l’embrasse avec un sourire comme la convenance exige.

 

 

J’aime énormément cet endroit. J’adore contempler toute cette faune, analyser ces êtres humains, loin, isolée dans le carré V.I.P..

 

 

Vous rêveriez d’être là, à ma place.

 

 

Non, même pas dans vos fantasmes les plus fous !

 

 

C’est avec une joie immense que je retrouve mes amis, mes admirateurs. Ces derniers m’aiment sans retenue. Ils parlent de moi comme si j’avais inventé le vaccin pour guérir le sida ou encore trouvé le tunnel pour voyager à travers les siècles. Alors que je ne fais que poser, essayer d’écrire des poèmes et chanter. Comme une souveraine entourée de sa cour, je règne au centre d’un cercle virtuel où toute une ribambelle de planètes quelconques gravitent autour.

 

 

À mon arrivée au restaurant, comme un signe de reconnaissance, tout le monde me dit : « Ça va ?! ». Je venais juste d’ôter mon manteau d’Issey Miyake. J’ai horreur de ces deux mots. « Hou hou hou hou, hou hou hou hou », ils résonnent en moi comme des cris tribaux. Merde, ceci est une question ou une affirmation… Je n’en sais rien, mais j'ai fortement envie de leur répondre « non » et leur dire que mon humeur est « down ». Ça ne servirait à rien. Ils ne m’aideront pas, ils ne me sont d’aucun secours de toute manière. Reste que ces deux petits mots sont, si on analyse bien, un portrait représentatif de mes proches.

 

 

Mon cher ami Howard le dit d’une façon très virile tandis que son copain Jean le dit d’une voix très féminine. C’est comme si, à la première vue, les points avaient été mis sur les « i » concernant leur vie nocturne. En tant que single, cela m’agace énormément de voir ces deux coqs s’embrasser tout le temps. Mais n’ont-ils pas honte de le faire sur la place publique ? N’ont-ils pas pensé, si ce n’est qu’un seul instant, à moi qui suis seule dans la vie.

 

 

Je considère Howard comme mon meilleur ami, même si je n’aime pas utiliser ce qualitatif pour mes proches. Car, qui dit « meilleur » veut dire qu’il existe quelque part un « pire ». Or, je n’ai aucun ami à jeter, et surtout pas Victoire.

 

 

Victoire, mon double au féminin accole un « ma chérie » à son « ça va ». Dans un ton très snob, son « ça va, ma chérie » annonce les revendications suivantes : nos relations sont très fortes, sincères et historiques. Avec plus de dix alliances, nos familles qui ont été toutes les deux anoblies sous Saint Louis se sont mêlées et entremêlées à travers les siècles. Par jeu, je dis qu’elle est ma sœur de sang bleu. Je me rappellerai toute ma vie de notre première rencontre. C’était glacial.

 

 

Froide, c’était l’ambiance qui régnait lors de ma première séance photos en maillot de bain. Oui, ce qu’on imagine mal quand on feuillette un catalogue d’été au soleil, c’est que les photos qui s’y trouvent ont été faites en hiver. Pour une grande marque : on envoie évidemment l’équipe à Saint-Bart. Pour les photos d’une petite marque, les clichés peuvent par exemple être pris à la plage des Catalans à Marseille, en plein mois de Février. Les frissons me viennent encore quand je me revois dans ce string sur le sable glacé. String rose, string blanc, une variation de couleur sur le thème du string qui fait perdre la tête, la vôtre, celle des hommes.

 

 

Esprit ailleurs, je rêve de beau temps, celui qu’il y a après la pluie, celui qu’il y a après le passage de l’arc-en-ciel multicolore. Tout le staff en pull me regarde me frigorifier. Comme une comète, un jeune mannequin, Victoire, fait son apparition et me dit :

 

 

- Rien de plus simple, imagine que ton copain est derrière l’appareil et que nous sommes sur la Côte d’Azur, à la plage de Pampelonne en plein mois d’août.

 

 

Bizarre, elle me parle comme si elle connaissait Guy. Interloquée. Je questionne :

 

 

- Comment ça ?

 

 

- L’amour, ça réchauffe.

 

 

Notre amitié est donc née sur une plage de sable en plein hiver. Par la suite, nous sommes montées ensemble à Paris. Deux jolies blondes quasi-identiques. Pourtant, j’ai réussi à la vitesse d’une balle de fusil lâchée vers sa cible tandis que Victoire rame. Rameuse à vie, elle a maintenant d’autres priorités.

 

 

Désormais, elle cherche son prince charmant qui doit avoir une grande maturité : âge indifférent, pas trop moche, avec une très très bonne situation financière, l’ISF au minimum. J’aime son côté « shopper » de l’amour qui goûte tout avant de prendre. Stabilité, c’est bien ce qu’elle aimerait acquérir avant tout en formant un couple, un ensemble.

C’est une façon polie de vous dire qu’elle fait la poule de luxe. Mais, au fond, je l’aime plus que ce que je la charrie.

 

 

Mon ami Christophe forme un ensemble avec Noëlle, et vice versa. Ils représentent la réussite complète au niveau de l’amour pour notre cercle d’amis, mais également pour toute la génération des pré-trentenaires. Rencontre à l’enfance, première nuit l’un contre l’autre à l’âge de l’adolescence, mariage à la majorité, l’enfant avant leur vingt ans et tromperies continuelles après leurs vingt-cinq ans. Mais, c’est un couple moderne, où il ne sera jamais question de divorce. Il y n’aura pas de garde alternée, ni de lugubre inventaire pour le partage du service de porcelaine de Limoges ou des couteaux de la ménagère de Puiforcat. Tranchante, l’est sans contexte la lame de rasoir sur laquelle mes deux amis fildeféristes marchent délicatement.

 

 

Leurs filles, deux jumelles de quatre ans sont les témoins privilégiés de leurs mille incartades. C’est très instructif car elles savent déjà la signification des mots qui sont importants pour vivre en couple : break, séparation, rupture… D’ailleurs, je pense que vous serez aussi stupéfaits que moi devant leur maturité. C’est comme si l’irresponsabilité de leurs parents avait été bénéfique pour leur croissance. Alors, si ce raisonnement s’avère vrai, je demanderai à tous les couples d’être infidèles pour permettre enfin une nouvelle croissance économique en France. Faisons tous ce geste patriote. Par ironie, le travail d’un ministre de l’économie est à la portée de tous.

 

 

Vive le nouveau plan Marshall de l’infidélité.

 

 

À quoi bon, car pour eux deux, de toute façon, c’est fini !!! Complexe, Noëlle aime toujours Christophe qui ne l’aime plus, mais il ne pourrait vivre avec une autre personne car il n’aime qu’une fois. Comme moi, vous pensez que l’homme est un Don Juan et que la femme est une sainte. Et bien vous avez mille fois tort, c’est presque tout faux. La femme a également ses faiblesses. Ils se sont aimés, autrefois, et maintenant, parfois… À analyser, c’est une remarque au vitriol ou une envie de connaître la même chose. Je n’arrive point à choisir. Peut-être un peu des deux, qu’importe, car tout est imprégné de réalisme.

 

 

En compagnie de mes amis et d’Eva, tout en buvant une coupe de Piper-Heidsieck, on attend avec impatience Adam, le mannequin homme qui doit faire la série mode avec moi ce soir.

 

 

Tous sont assis devant moi. Ils parlent fort, très fort. Cela est-il un de leurs impératifs de me faire vriller les tympans ? Ils me donnent l’impression de me faire vivre dans une certaine normalité, que ma vie est entrée dans l’ordre. Vous savez, celle que les publicitaires nous vendent tout le temps. Pour être heureux, on doit s’entourer d’amis, des personnes à qui on peut tout confier, avec qui on partage tout. Je « stratège » mon futur, vivre avec Guy, et ils sont mes pions.

 

 

Adam entre enfin dans la salle. Pour que sa beauté laisse une traînée d’images spectaculaires dans ma mémoire, je le vois pousser la porte au ralenti. Son sourire en devient encore plus ravageur. On succombe toutes. Chacune des secondes de vision de cet être n’est que jouissance.

 

 

Durant tout le repas, plat après plat, j’observe très attentivement du coin de l’œil les mains d’Adam : il prend un verre à eau, un couteau… Je le vois tout en longueur. Ligne blanche, Eva, après être allée repoudrer son nez me dit qu’il est d’origine italienne. J’imagine avec gourmandise qu’il est piémontais. L’inspiration me vient, je « Mont Blanchis » ces quelques vers sur un petit bout de papier :

 

 

 

 

 

Sorti de son paradis perdu, Adam sans

 

 

Eve s’aventure et use de son charme,

 

 

cherche son amour qui l’aime à cent pour cent.

 

 

Nature donne vie à des jolies fleurs au sang

 

 

chaud, qui dès l’aurore transforment les drames

 

 

en jouissance de vie et tuent le néant.

 

 

Rencontre fortuite ou destin fonctionnant,

 

 

Adam pense avoir enfin trouvé la dame

 

 

qui fera rimer son cœur pour la vie restante.


[1]              Envoyez vos dons :    Les Restaurants du Cœur : 221, rue Lafayette BP 104 75463 Paris CEDEX 10

Par Thao-sy
- Voir les 0 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus